Montessori Safe Spaces est un partenariat Erasmus+ entre L'Aventure Montessori (Hyères, France) et Il Giardino dell'Infanzia (Rome, Italie). Trente professionnels de l'aide sociale, de la protection de l'enfance et du handicap, quinze dans chaque pays, ont été formés à la pédagogie Montessori, ont observé des environnements Montessori, puis ont créé un espace Montessori, un Montessori Safe Space, au sein de leur propre structure.
Le projet a réuni 8 structures : 4 en France (le CHRS La Respélido à Toulon, l'IEM Institut Olbia à Hyères, la MECS Villa Sakura à Sanary-sur-Mer et l'association En Chemin) et 4 en Italie, à Rome (Intersos 24, le centre Santa Bakhita de la Caritas, La Casa sull'Albero et la crèche Calimero de l'OPS). L'association En Chemin participe avec deux de ses lieux d'accueil, un centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Hyères et une plateforme d'accueil des femmes victimes de violences et de leurs enfants à Toulon : le projet compte donc 9 sites.
Ce guide rassemble ce que le projet a appris. Il présente les difficultés rencontrées dans les structures et les solutions trouvées pour les dépasser, les changements de posture décrits par les professionnels, le rôle des directions, et des recommandations pour toute structure qui souhaite ouvrir un espace à son tour. Il est rédigé conjointement par les deux partenaires et publié en français et en italien.
Le travail d'analyse a commencé par deux sessions d'analyse et de réflexion, menées par Il Giardino dell'Infanzia, l'une en Italie, l'autre en France. Les deux partenaires ont ensuite fait le bilan de chaque session, puis ont croisé ces bilans avec les plans d'action des professionnels pour dégager les bonnes pratiques présentées ici.
Après la formation et les observations, chaque professionnel a rédigé un plan d'action pendant les sessions d'analyse et de réflexion menées par Il Giardino dell'Infanzia, en Italie puis en France. Le plan part d'un diagnostic de la structure (publics, locaux, équipe, leviers et obstacles), puis précise les principes Montessori retenus, l'aménagement de l'espace, l'organisation de l'équipe et les étapes de mise en œuvre. Les plans ont été rédigés dans un outil numérique commun, puis repris en réunion d'équipe pour associer les collègues non formés.
Chaque plan a servi de feuille de route pour créer le Montessori Safe Space de la structure. Lus ensemble, les 30 plans des neuf sites ont permis de repérer les difficultés communes et les solutions qui se transfèrent d'une structure à l'autre : ils sont la base de ce guide. Le modèle vierge du plan d'action est en libre accès dans le Kit Montessori Safe Spaces, avec la fiche d'observation, sous licence CC BY-NC-SA 4.0.
La candidature prévoit, au titre de l'activité 4, deux livrables : un plan d'action personnalisé par participant, et un rapport de synthèse des bonnes pratiques compilant les enseignements des deux sessions de réflexion menées en Italie et en France, « recensant difficultés, solutions et réflexions des participants », destiné à être publié comme ressource pour les professionnels extérieurs au projet.
Ce document constitue à la fois le rapport de synthèse des bonnes pratiques (activité 4) et le rapport d'évaluation des difficultés de mise en œuvre (activité 5).
Le présent document est ce rapport, dans sa version conjointe. Il est construit à partir du matériau réellement produit : les plans d'action déposés par les neuf sites partenaires des deux pays. Il ne restitue pas ce que les formateurs avaient prévu de dire, mais ce que les professionnels ont effectivement écrit une fois revenus dans leur institution : ce qui en fait une base solide pour la transférabilité.
Corpus : 30 plans d'action déposés, couvrant neuf sites dans deux pays :
| Structure | Public accueilli | Surface | Plans |
|---|---|---|---|
| 🇫🇷 FRANCE · 5 sites, 15 plans | |||
| IEM Olbia, Hyères (France) | 87 jeunes, handicap moteur et troubles associés | 21 m² | 5 |
| AVA En Chemin, Toulon (France) | 20 enfants, victimes de violences conjugales | 15 m² | 2 |
| 1 site en France | 28 enfants, familles demandeuses d'asile, 0 à 18 ans | 36 m² | 1 |
| CHRS La Respelido, Toulon (France) | 8 enfants, mères et enfants, parcours migratoires, violences conjugales | 12 m² | 5 |
| MECS Sakura, Sanary-sur-Mer (France) | 10 enfants, 6 à 18 ans, confiés à l'Aide sociale à l'enfance ; TSA, TDAH, maladies génétiques | 35 m² | 2 |
| 🇮🇹 ITALIE · 4 sites, 15 plans | |||
| Intersos 24, Rome (Italie) | 30 enfants, accueil d'urgence, 0 à 12 ans | 20 m² | 5 |
| Santa Bakhita, Rome (Italie) | 15 enfants, 0 à 18 ans | 18,5 m² | 3 |
| La casa sull'albero, Rome (Italie) | 6 enfants, 3 à 12 ans | 25 m² | 3 |
| Crèche Calimero, Rome (Italie) | 136 enfants, 0 à 3 ans | 5 m² | 4 |
Un outil numérique dédié : pour ce projet, L'Aventure Montessori a créé une application en ligne propre aux structures partenaires. Chaque équipe y a rédigé son plan d'action, y a déposé ses documents (plans de l'espace, photos, listes de matériel) et y a suivi pas à pas l'avancement de son Montessori Safe Space, étape par étape. C'est cette trame commune qui rend les plans comparables d'un site à l'autre.
Grille de lecture : chaque plan suit une trame commune : diagnostic (leviers et obstacles), adaptation de la pédagogie au contexte social, aménagement physique, planning et règles d'usage, engagement de l'équipe et gestion des résistances, feuille de route, vision à 6 à 12 mois, rôle personnel, réflexion structurée (KPI 4 : au moins cinq réflexions par participant). L'analyse croise les 30 documents section par section pour isoler ce qui revient d'un site à l'autre, la bonne pratique transférable, et ce qui relève d'une invention locale : la solution à documenter.
C'est le premier résultat, et le plus inattendu : les mêmes trois leviers et les mêmes trois obstacles reviennent dans la totalité des neuf sites, quel que soit le pays, le public accueilli ou la taille du local.
Chaque site y ajoute ses contraintes propres : disponibilité de l'équipe technique et encombrement des fauteuils roulants (l'IEM Olbia), mobilisation des parents difficile (le CHRS La Respelido, Santa Bakhita, Intersos 24, la crèche Calimero), grand écart d'âges et salle partagée (le CADA En Chemin, Intersos 24, La casa sull'albero), déficiences visuelles et besoins de communication alternative (l'IEM Olbia), diversité linguistique et culturelle des familles (le CADA En Chemin, Santa Bakhita, Intersos 24), agitation des enfants, respect du matériel et temps non scolarisés à occuper (la MECS Sakura). Seule exception au tableau commun : la MECS Sakura dispose d'une grande salle de 35 m², la plus grande de l'établissement, que la direction a mise à disposition du projet.
Chaque pratique est documentée par des exemples des deux pays. Lorsqu'une structure a inventé une solution originale, elle est nommée.
Quatre sites sur neuf partagent leur salle avec un autre usage. Toutes ont trouvé la même solution : des étagères basses en bois fixes, disposées en périphérie, chacune dédiée à une aire ; seuls les tables et le tapis sont mobiles.
France : le CADA En Chemin partage ses 36 m² avec les réunions du pôle asile/logement : « même pendant un créneau réunion, la pièce gardera une identité Montessori visible ». Italie : Intersos 24 partage ses 20 m² avec les thérapeutes du pôle et applique exactement le même principe ; La casa sull'albero fait de même sur 25 m².
L'apport du corpus français : à l'IEM Olbia, le mobilier fixe est aussi réglable, tables et point d'eau à hauteur variable, et complété de contrastes visuels renforcés et de supports de communication alternative (pictogrammes, tableaux de choix, tableaux de langage assisté). L'ancrage n'est pas seulement spatial : il est ergonomique.
L'apport du corpus italien : à la crèche Calimero, le futur Montessori Safe Space tiendra dans 5 m² : un petit espace entre deux sections, fermé par une porte. Pour libérer le sol, l'équipe prévoit d'utiliser les murs : deux meubles bas pour les transvasements, les encastrements et les nomenclatures, et deux étagères murales, l'une pour les cadres d'habillage, l'autre pour le soin de la plante. À Santa Bakhita, un ancien dépôt de vêtements donnés a été reconverti : étagères basses dans trois coins, et devant chaque aire une petite table pour le travail individuel.
Transférable à toute structure ne disposant pas d'une salle dédiée.
Corollaire de la BP 1 : sortir les tables enfants et dérouler le tapis, toujours dans le même ordre, « marquera symboliquement le passage d'un usage de la salle à l'autre, un peu comme un enfant reconnaît qu'une activité commence quand son tapis s'est déroulé ». Le geste est outillé par une checklist écrite de remise en configuration.
L'apport du corpus français : au CADA En Chemin, la grande salle reste aussi la salle de réunion du pôle. Les étagères basses ont été fabriquées et fixées par les techniciens de l'association, et la remise en place des tables et des tapis est ritualisée à chaque créneau. Un cadre affichant les règles accueille les familles dès l'entrée : la pièce change d'usage, mais jamais d'identité.
L'apport du corpus italien : La remise en place et le rangement ne reposent pas sur l'adulte seul. À Santa Bakhita, l'espace est remis en ordre avec les enfants et les mères ; à La casa sull'albero, avec les enfants ; à Intersos 24, chaque séance se termine par le rangement des activités. Le geste de remise en ordre devient lui-même une activité de vie pratique partagée.
Les neuf sites ont, indépendamment les uns des autres, ritualisé l'entrée : chaussons, chaussettes ou pieds nus ; meuble à chaussures et portemanteau placés avant le cadre affichant les règles ; banc pour se déchausser et tapis d'accueil ; téléphone portable interdit dans la pièce. À la MECS Sakura, chaque séance s'ouvrira et se fermera par un « bulletin des émotions » : on regardera comment l'enfant arrive, puis comment il repart. Le seuil sépare l'espace ordinaire de l'institution, souvent chargé de tension, d'attente administrative, de crise, de l'espace préparé.
L'apport du corpus français : à la plateforme AVA d'En Chemin, qui accueille des femmes victimes de violences et leurs enfants, le seuil est pensé pour la sécurité : séances en individuel ou en duo mère-enfant, présence rapprochée de l'éducatrice, coin calme sécurisé et déroulé toujours identique. La prévisibilité fait partie du cadre : on sait ce qui va se passer avant même d'entrer.
L'apport du corpus italien : Intersos 24 part d'un constat : un espace peu structuré, avec des matériels difficiles à lire, ne permet pas aux enfants de se poser. Elle a donc fait le choix d'un lieu lumineux, ordonné, aux aires faciles à repérer, avec étagères basses en bois, tapis neutres et matériel solide et soigné, pour que l'enfant s'oriente seul et développe son sentiment de compétence. À la crèche Calimero, la porte qui séparera l'espace du reste de la crèche servira justement à créer « un environnement plus intime ».
Le CADA En Chemin a produit 22 règles numérotées, organisées en quatre temps : avant le créneau, à l'entrée, pendant l'activité, en fin de créneau : réservation préalable via un outil collaboratif partagé, vérification du matériel en amont, un seul travail à la fois, adulte en soutien discret, coin eau vidé et essuyé après usage, fiche d'émargement, document de transmission déposé après chaque séance.
Italie : Santa Bakhita a écrit un dispositif progressif remarquable : le lundi est réservé aux présentations individuelles, le mercredi et le vendredi accueillent quatre enfants maximum, toujours avec un éducateur.
L'apport du corpus français : au CHRS La Respelido, la règle intègre un rôle qu'on n'attend pas : la membre de l'équipe est co-référente du matériel et co-anime en journée au moins une fois par mois. L'ouverture du lieu ne dépend plus des seuls éducateurs de jour.
L'apport du corpus italien : Intersos 24 a écrit une règle à double régime : le matin, activités encadrées par des professionnelles formées à Montessori ; le reste du temps, accès libre pour les enfants accueillis, avec rangement en fin de séance. La casa sull'albero réserve l'espace aux enfants dont les parents sont en séance de thérapie, trois fins d'après-midi par semaine, six enfants au plus. La crèche Calimero prévoit de l'ouvrir en accès libre chaque matin pendant le temps scolaire, quatre à six enfants à la fois.
Aucun des neuf sites n'a cherché à maximiser le nombre d'enfants par créneau. Le CHRS La Respelido : deux enfants maximum. L'IEM Olbia : trois à quatre, encombrement des fauteuils oblige. AVA En Chemin : rendez-vous individuels d'une heure, duos mère-enfant. La crèche Calimero prévoit quatre à six enfants. La casa sull'albero : six. Intersos 24 et Santa Bakhita organisent des rencontres individuelles d'une heure en duo mère-enfant.
Les réflexions personnelles expliquent pourquoi : « je ressens le besoin de n'être qu'avec un enfant pour pouvoir me centrer sur lui et sur mon observation » (J.) ; « je crains d'être dépassée par l'enfant qui n'arrive pas à se concentrer » (C.). C'est un choix de qualité d'attention, pas une limite subie.
L'apport du corpus français : La MECS Sakura prévoit de découper ses créneaux selon l'âge et le moment de la journée : deux jeunes enfants l'après-midi, les grands non scolarisés sur un créneau à part, puis l'accompagnement scolaire en fin de journée. Chaque groupe aura son temps, et l'espace ne sera jamais partagé entre des publics qui se gênent.
L'apport du corpus italien : Le rythme peut aussi suivre celui des parents : à La casa sull'albero, les enfants occupent l'espace pendant que leurs parents participent aux groupes d'entraide avec les spécialistes. Le nombre d'enfants n'est pas fixé par la salle, mais par l'organisation de l'accompagnement des familles.
Deux mouvements coexistent et doivent être tenus ensemble. Adapter, pour lever les obstacles d'accès : à l'IEM Olbia, hauteurs réglables, contrastes visuels, communication alternative intégrée aux temps de langage. À Santa Bakhita et Intersos 24, les activités d'éducation cosmique et de langage sont adaptées « en lien avec la culture et les origines des résidentes accueillies », comme au CHRS La Respelido pour la vie pratique. À la MECS Sakura, qui accueille des enfants avec TSA ou TDAH, des pictogrammes permettront aux enfants non verbaux de choisir leur activité, et des « cabanes » d'1,80 m de haut créeront de petites bulles individuelles pour se concentrer ou se retirer.
Ne pas sur-adapter : « utiliser le matériel sans le sur-adapter (verre en verre…) » (M.). La formulation italienne est plus explicite encore : adapter, c'est retirer les obstacles formels à la compréhension, ce n'est pas « simplifier vers le bas ». Le sur-adaptation est un excès de zèle qui finit par infantiliser et par vider l'activité de son sens.
L'apport du corpus français : à l'IEM Olbia, le kit européen a été enrichi par la fabrication interne : menuiserie (par les professionnels de la structure) et couture (K.). Une réponse directe à la contrainte budgétaire, et un facteur d'appropriation : on prend soin de ce qu'on a fabriqué.
L'apport du corpus italien : Intersos 24 a adapté chaque aire à son public : un coin lecture avec des livres en italien, des livres sans texte et des livres dans d'autres langues, « pour que chacun puisse s'y reconnaître » ; une aire d'éducation cosmique et de géographie qui valorise les différentes appartenances culturelles ; une aire de construction pensée pour faire baisser le niveau d'agitation et aider à reprendre des contenus émotionnels difficiles. À Santa Bakhita, le langage se travaille en italien et dans les langues maternelles.
Le turnover étant identifié partout, il ne doit pas être traité comme un imprévu : le départ d'une seule personne clé suffit à mettre le service en crise et à perdre le savoir-faire accumulé.
France : le CHRS La Respelido a formé la directrice au même titre que quatre salariées : « en cas d'absence, suffisamment de salariés formés pour prendre le relais ». L'IEM Olbia a inscrit la formation Montessori à son plan de formation 2027-2028 et organise l'observation en binôme. Italie : la crèche Calimero a formé ses quatre salariées, avec la même formule ; La casa sull'albero a également inscrit la formation au plan 2027-2028. Santa Bakhita prévoit une présentation en réunion d'équipe puis un point mensuel sur la fréquentation de l'espace, et une mini-formation interne.
À l'inverse, la crainte la plus fréquente des deux côtés est celle de la dépendance à une seule personne : « la pérennisation du lieu au vu du "peu" de collègues formés » (A.).
L'apport du corpus français : à la MECS Sakura, la porteuse du projet a d'abord proposé à ses collègues un temps de découverte de la salle, de son fonctionnement et de la posture attendue ; une formation plus complète est prévue pour tous les professionnels titulaires. Elle nomme aussi le point faible de toute relève : les intérimaires, qui ne connaissent pas le lieu.
L'apport du corpus italien : à Intersos 24, une partie de l'équipe est faite de volontaires du service civil, qui changent chaque année. La relève y est donc organisée comme un circuit : la référente du Montessori Safe Space et la référente des volontaires suivent une mini-formation interne, puis la transmettent aux nouveaux volontaires, en juin puis en septembre. À Santa Bakhita, les professionnels formés forment leurs collègues par l'accompagnement en binôme pendant les activités.
L'IEM Olbia a créé une réunion trimestrielle des cinq professionnels formés : points positifs, axes d'amélioration, réorganisation du matériel, prévisionnel d'achats. Le CADA En Chemin a créé un document de transmission déposé après chaque séance, consultable par la direction. Côté italien, chaque structure appuie ses réunions périodiques sur une documentation issue de l'observation directe du petit groupe pendant les activités.
Les deux dispositifs répondent au même risque, nommé par le CADA En Chemin : « le relâchement progressif dans le respect de la checklist, notamment en période de forte activité ».
L'apport du corpus français : la régulation porte aussi sur la posture, pas seulement sur la logistique : rituels clairs de début et de fin de séance, suppression des corrections directes et des félicitations excessives, remplacées par une demande d'auto-évaluation adressée à l'enfant : « es-tu content de toi ? ». Plusieurs structures se projettent en lieu pilote, ouvert à l'observation de futurs éducateurs et d'autres établissements du médico-social.
L'apport du corpus italien : Côté italien, la régulation prend la forme d'un rendez-vous mensuel. À Santa Bakhita, toute l'équipe est informée chaque mois de l'avancement des activités et de la fréquentation de l'espace. À la crèche Calimero, une réunion mensuelle servira à « comprendre les limites et les avantages de l'espace ». À La casa sull'albero, la direction réunit l'équipe chaque mois pour faire le point sur les situations familiales et ajuster ce qui doit l'être.
Les deux corpus font remonter les mêmes freins. Le tableau ci-dessous fusionne les analyses française et italienne ; les réponses sont celles réellement mises en œuvre par les structures.
| Résistance rencontrée | Réponses apportées |
|---|---|
| Scepticisme et a priori sur la pédagogie Montessori, jugée inadaptée à un public fragile | Démonstration sur le terrain : faire observer directement le niveau de concentration et de calme atteint par les enfants ; accompagnement en binôme des collègues non formés ; mini-formations internes pour toute l'équipe |
| Désaccords dans l'équipe sur le fonctionnement du lieu | Inviter chaque professionnel à exprimer son désaccord et à proposer une alternative, retravaillée ensuite en équipe jusqu'à un accord commun (la MECS Sakura) |
| Doute sur la capacité de concentration des enfants | Présentations lentes et détaillées avant de laisser le libre choix ; supports visuels et communication alternative (pictogrammes, tableaux de choix) |
| Partage de la salle vécu comme une contrainte supplémentaire | Présenter l'outil de réservation comme un gage de clarté et d'équité, et associer les équipes concernées à la définition des créneaux |
| Crainte de la charge de travail supplémentaire et manque de temps | Étendre l'animation à des rôles transversaux (fonctions transversales de l'établissement) ; inscrire des créneaux fixes et réservés dans le planning ; montrer la plus-value pour la pratique d'accompagnement elle-même |
| Contraintes d'espace et encombrement des aides techniques | Accès contingentés et micro-groupes ; mobilier essentiel et flexible, solutions sur mesure et autofabriquées |
| Dépendance à une seule personne formée | Formation élargie à plusieurs membres, direction et personnel de nuit compris ; inscription au plan de formation pluriannuel (2027-2028) ; document de transmission comme mémoire partagée |
| Relâchement du rigueur dans la durée, essoufflement après l'élan initial | Document de transmission comme outil de suivi visible par la direction ; bilans à 6 mois et à 1 an ; réunions de régulation trimestrielles |
| Réticence de la direction sur le coût | Mobiliser les financements de formation externes ; présenter le projet comme valorisable auprès des partenaires et financeurs |
| Flou sur l'articulation avec les autres professionnels (psychologue, rééducateurs) | Clarifier dans un document de gouvernance les situations types de collaboration et qui décide quoi |
Les réflexions personnelles convergent, dans les deux pays, sur un même changement de posture : observer et se retirer.
Le corpus italien formule ce déplacement en quatre mouvements, qui résument bien l'ensemble :
Ce qui a fait évoluer les participants est le même dans les deux pays : les apports théoriques, qui leur ont donné des repères, et les visites d'observation, où ils ont constaté sur place la concentration des enfants. Côté français, huit professionnels sur les onze ayant rempli la section réflexive citent les observations, avec une mention récurrente du Montessori Truck. Côté italien, toutes les éducatrices de La casa sull'albero ont été frappées par le ton de voix bas employé par les éducatrices observées.
L'observation ne s'arrête d'ailleurs pas à la formation : elle est devenue un outil de travail quotidien, intégré aux journaux d'observation hebdomadaires et à la documentation utilisée lors des réunions de suivi.
Les craintes exprimées dessinent en creux les besoins d'accompagnement post-formation : gérer plusieurs enfants et le matériel simultanément (A., C.), réussir les premières présentations d'activité (J.), dégager du temps hebdomadaire (L.), faire respecter le cadre par les intérimaires qui ne connaissent pas le lieu (S.), et la pérennisation par manque de collègues formés (A.).
Dans un projet d'innovation socio-éducative, le soutien de la direction n'est pas une approbation formelle : c'est la condition structurelle de la pérennité, de la cohésion de l'équipe et du dépassement des résistances. Quatre configurations apparaissent, et elles prédisent assez bien l'avancement des sites.
| Configuration | Sites concernés | Résultat observé |
|---|---|---|
| Direction formée avec l'équipe | 2 sites en France, dont un où la directrice a suivi la formation avec les salariées | Toutes les étapes réalisées, inauguration faite, journal d'observation tenu, bilan trimestriel engagé |
| Direction présente et associée aux réunions | 4 structures : 1 en France, 3 en Italie | Espace aménagé et inauguré ; appropriation par les enfants encore à consolider |
| Direction engagée, installation prévue après le projet | 2 structures : 1 en France, 1 en Italie | Dans l'une, la direction a confié au projet la plus grande salle de l'établissement ; dans l'autre, un petit espace est réservé et toute l'équipe concernée est formée. Dans les deux structures, le Montessori Safe Space sera installé après le projet, avec les professionnelles formées et le kit |
| Direction dont le soutien reste à formaliser | 1 site en France | Le plan consacre une section entière à ce qu'il faudrait obtenir : validation du double usage, budget mobilier, temps de préparation, relais en communication interne |
Cette section synthétise l'évaluation menée à l'issue de l'analyse.
| Indicateur | France | Italie |
|---|---|---|
| Sites engagés | 5 | 4 |
| Plans d'action déposés | 15 | 15 |
| Enfants directement concernés | ≈ 155 | ≈ 187 |
| Surfaces aménagées | 12 · 15 · 21 · 35 · 36 m² | 5 · 18,5 · 20 · 25 m² |
| Espaces ouverts et inaugurés | 4 sur 5 | 3 sur 4 |
Les aires ouvertes sont, partout : vie pratique, sensorielle, langage et lecture, repos/calme. S'y ajoutent selon les sites l'art et les sciences/nature, les mathématiques, le coin eau (le CADA En Chemin, Santa Bakhita, Intersos 24) et l'aire « prendre soin de soi » (le CADA En Chemin).
Origine de la démarche
Ce guide s'appuie sur l'expérience acquise par L'Aventure Montessori dans les espaces Montessori qu'elle a ouverts dans le Var avant le projet Erasmus+, et sur celle d'Il Giardino dell'Infanzia dans la formation des enseignants Montessori à Rome.
Licence : CC BY-NC-SA 4.0
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